Ne devenez jamais sérieux
# On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans
Rimbaud avait dix-sept ans quand il a écrit çela. À dix-sept ans, il avait déjà dynamité la poésie française, fugué trois fois, et scandalisé tout ce que Paris comptait de gens respectables.
Mais relisons la phrase à l’envers. Si on n’est pas sérieux à dix-sept ans, ça veut dire qu’on finit par le devenir. Et c’est là que le drame commence.
Parce que les gens sérieux, soyons francs, sont d’un ennui sidéral.
Vous les reconnaissez facilement. Ce sont ceux qui, à table, ramènent chaque conversation vers l’immobilier. Ceux qui « n’ont plus le temps » de lire autre chose que des résumés LinkedIn. Ceux qui prononcent le mot « deliverable » sans ciller, et qui considèrent qu’un samedi réussi est un samedi productif. Ils ont remplacé la curiosité par la planification, l’étonnement par le tableur, le vertige par le prévisionnel.
Rimbaud, lui, n’a jamais eu ce problème. Il a écrit ses chefs-d’œuvre avant l’âge de voter, puis il est parti vendre du café en Abyssinie, ce qui reste, avouons-le, une reconversion professionnelle autrement plus romanesque qu’un pivot vers le consulting.
Bien sûr, on me répondra que sans gens sérieux, pas de ponts, pas d’hôpitaux, pas de déclarations fiscales correctement remplies. C’est vrai. Les gens sérieux sont utiles. Mais utile et passionnant, ça fait deux.
Alors ne devenez jamais sérieux. Jamais. Vieillissez si vous y tenez, prenez un crédit, achetez un aspirateur-robot, mais ne devenez pas sérieux. Rimbaud a arrêté d’écrire à vingt ans, pas parce qu’il était devenu sérieux, mais parce qu’il avait trouvé mieux à faire. C’est toute la différence.

